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Etudiantes à Genève

Les Femmes à l’université… Enfin ! Genève et la Suisse à l’avant-garde. Ce titre me réjouit d’autant plus que j’ai fait partie de ce groupe trop longtemps discriminé. Mais lorsque j’y ai accédé - il y a bien longtemps, permettez-moi de ne pas préciser la date… - les jeunes femmes n’étaient plus aussi désavantagées.

Ce cri de victoire est lancé dans un ouvrage remarquable, édité récemment dans la collection Mémoire de femmes aux Éditions Suzanne Hurter. La documentation très fournie a été recueillie sous la direction de Erica Deuber Ziegler et Brigitte Mantilleri, avec la collaboration de Natalia Tikhonov Sigrist.

Étrangères

L’université de Genève, appelée Académie à sa création par Jean Calvin en 1559, n’a été ouverte aux femmes qu’en 1872, à la suite d’une pétition de féministes radicales, soutenue par Carl Vogt. Ce n’était cependant pas facile pour les Genevoises ; l’école secondaire ne les préparait pas pour l’entrée automatique, de sorte qu’elles n’ont pu y parvenir normalement qu’en 1922.

Seules les étrangères, grâce à leurs examens préparatoires, y ont eu accès immédiatement, notamment les Russes. Jusqu’en 1914, 90% des étudiantes sont étrangères, dont 80% proviennent de l’empire russe où l’enseignement universitaire n’est pas ouvert aux jeunes filles.

Pourcentages

Jusqu’à la Première Guerre mondiale, les étudiantes proviennent principalement de l’étranger, atteignant une proportion qui s’élève à plus de 95%. Mais dès 1914,  beaucoup de Russes rentrent dans leur pays pour contribuer au nouveau régime bolchévique. Après leur départ, les étudiantes ne sont pas très nombreuses. D’ailleurs leur pourcentage restera maigre et ne dépassera le nombre d’étudiants qu’en 1980 environ.

C’est dans la faculté des lettres que la participation des jeunes filles augmente le plus, dépassant les étudiants en 1930 pour un pic à 67% en 1950. Les données diffèrent énormément d’une faculté à l’autre.

Parmi les chiffres datant de 2022, leur plus grand nombre se trouve en traduction et interprétation et en psychologie et sciences de l’éducation où elles représentent plus de 80%. En droit, en lettres, en médecine et en sciences de la société, leur pourcentage oscille entre 60 et 65%. En revanche, leur nombre ne dépasse pas 49% en sciences et en théologie. Et 45% en économie et management.

Pionnières

Onze portraits de pionnières nées avant 1900 sont présentés dans l’ouvrage. Huit sont issues de l’Empire russe, une de l’Empire d’Autriche, une de France et une seule de Genève.

Parmi les Russes, l’une d’elles mérite d’être citée par son extraordinaire parcours : Vera Chatzmann (1879-1966), née dans une famille juive à Rostov sur-le-Don, s’inscrit à Genève en 1900 aux cours de médecine jusqu’à l’obtention d’un doctorat. Elle rencontre un compatriote, Chaïm Weizmann, qui enseigne la chimie. Elle l’épouse et en 1948 il deviendra le premier président de l’État d’Israël. Dans son rôle de Première dame d’Israël, elle poursuivra son soutien à des programmes de santé et de prévention, après avoir fondé l’Organisation internationale sioniste des femmes dont elle assuma longtemps la présidence.

La seule Genevoise de ce groupe pionnier, Marguerite Champendal (1870-1926) est la première Suisse à obtenir un doctorat en médecine à l’Université de Genève, en 1900. Elle participera dans les quartiers populaires aux soins à la mère et l’enfant, un nouveau domaine d’étude de la médecine, la puériculture. Elle fonde la Goutte de lait, pour les nourrissons, et Le Bon Secours, une école d’infirmières. Comme privat-docent à la faculté de médecine, de 1913 à 1919, elle donnera des cours facultatifs, sans rémunération… Les carrières féminines bégayaient encore.

                                                                                Nouveautés

Il faudra attendre quelques années pour voir l’égalité entre jeunes gens et jeunes filles s’institutionnaliser. D'ailleurs la Constitution suisse n'inscrit l'égalité de droits de l'homme et de la femme qu'en 1981. On commença à s’intéresser à des « études femmes », devenues « études femmes/genre », puis « études genre », qui se sont élargies aux questions de sexualité et d’identité de genre.

Au début des  années 2000, une professeure ordinaire en études genre a été nommée, non sans susciter quelque résistance. En 2001, un « cours général en Études Genre » a été mis au programme de la Faculté des lettres.

En 2020, l’Université de Genève a créé le Centre Maurice Chalumeau en sciences des sexualités, pour que les sexualités et les identités soient considérées comme des objets  légitimes d’étude du point de vue historique, politique, culturel ou social.

Sans être férocement féministe, on peut constater sans déplaisir que l’Université a offert aussi de meilleures chances à la gent féminine en ce qui concerne le professorat.

Rectorat féminin

Pour la première fois, une femme a été nommée rectrice de l’Université de Genève : Audrey Leuba pour la période du 1er avril 2024 au 14 juillet 2028. Si l’on observe toutes ses activités depuis son brevet d’avocate à l’université de Neuchâtel et le master à la Harvard Law School, on ne s’étonne pas de sa nomination. Elle réussit l’examen d’avocate de New York, présenta une thèse de doctorat consacrée au partage des tâches entre époux, fut chargée de cours à Neuchâtel et Genève en Études genre, elle consacra des recherches sur la situation des personnes âgées en EMS. En 2006 l’université de Genève la nomma professeure ordinaire en droit de la famille. Siégeant dans de nombreux organes suisses, elle a été présidente de la Société suisse des juristes. Très impliquée dans la Faculté de droit, elle en est devenue doyenne en 2022.

N’allongeons pas la liste, mais félicitons Audrey Leuba ainsi que le Conseil d’État du canton de Genève d’avoir proposé le rectorat à une femme.

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