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Le doute

Lorsque je commence ce texte, je suis évidemment saisie par le doute. Arriverai-je jusqu’au bout ? L’incertitude me gagne. Comment vais-je me débrouiller ? Trouverai-je les mots nécessaires ?

Mais il n’y a pas  que l’écriture. Il y a la vie. Dans toutes nos rencontres humaines, dans tous nos gestes, dans tous nos projets, le doute peut s’infiltrer. Le sujet est infini.

Par quoi débuter ? Par le plus habituel, dans le courant de la journée. Je regarde par la fenêtre. Quel temps va-t-il faire ? Fera-t-il chaud, fera-t-il froid, comment s’habiller ? Cela dépend aussi de mes occupations. Au bureau ou en plein air ?

Pour le petit déjeuner, je me déciderai en fonction de ce que je trouve dans mon réfrigérateur, de même pour les repas. Peut-être bien que j’irai faire des courses. On ne sait jamais ce qui peut se passer.

Quel ennui ! J’allume la radio pour entendre les nouvelles du jour, ou de la musique ? Cela dépendra de ce qui est proposé. Aux informations, toujours les mêmes problèmes, droite-gauche, ouest-est, inondations, famines, décès…

Tout me fait douter. Mieux vaut une symphonie ou une chanson joyeuse.

En ce qui me concerne personnellement, les questions se posent régulièrement et les réponses viennent souvent au bon moment. Donc passons à autre chose.

Aphorismes

Dans un livre plein d’aphorismes convaincants, Assaut contre la frontière (Ed. Gallimard, 2026), Leïla Slimani est envahie par le doute : « le modèle occidental est traversé par le doute et la peur du déclin ». A moitié marocaine et à moitié française, elle raconte que ses parents l’ont élevée « dans l’amour du doute, de l’incertain, du questionnement (…) et à ne pas prendre l’Histoire pour un récit définitif ». Pour Leïla Slimani, « la littérature nous aide à vivre. Elle accompagne nos doutes, elle les nourrit et nous apprend à nous méfier des certitudes qui isolent et enferment. »

Fjord

Un film remarquable, sorti cet été, sème le doute tout au long de son déroulement : Fjord, du cinéaste roumain Cristian Mungiu. Une famille, très pieuse, dont le père est roumain et la mère  norvégienne, vient s’installer avec leurs cinq enfants en Norvège. Tout se passe bien jusqu’au moment où des blessures sont constatées sur un des enfants. Les enseignants y voient des signes de maltraitance. La justice s’en mêle, les enfants sont séparés de leurs parents, le doute s’installe. Et le spectateur ne connaîtra pas la fin de l’histoire. Le père était-il vraiment un bourreau ?

Sport

En lisant la Tribune de Genève récemment, je suis tombée sur un article dont le titre m’a titillée :

« Le doute, ce poison que Trump et Infantino ont inoculé au football. » Je n’ai pas à vous expliquer qui est Trump, mais Infantino, le Suisse qui préside au football mondial, est moins connu. Celui-ci a eu le tort d’accepter une intervention du président des Etats-Unis pour changer une décision d’arbitrage contre un joueur américain. « Le tournoi planétaire  devra désormais être regardé à travers le prisme des rapports de force diplomatiques plutôt que du règlement. » Aux yeux du journaliste, Cyrill Pasche, « le doute s’est installé. Et dans le sport, le doute est un poison », affirme-t-il. Sans doute a-t-il raison.

Poison

Est-ce seulement dans le sport que le doute est un poison ? Sûrement pas. Dans n’importe quelle situation, douter nous inquiète. Nous préférons la certitude. D’ailleurs les expressions contenant le doute l’éliminent volontiers. Ne dit-on pas le plus souvent « sans aucun doute », « il n’y a aucun doute », « hors de doute », « le doute n’est pas permis » ? Même le Petit Robert le confirme : les mots proches du doute sont tous négatifs : aléatoire, hypothétique, improbable, problématique…

Ne me contredisez pas, s’il vous plaît. Vous me feriez douter de ma théorie.

 

Pour terminer, ne vous laissez pas avoir ! Entretenez le doute lorsque vous recevez certains messages inattendus par téléphone ou sur internet, il pourrait s’agir d’arnaques.

                                                                                                                                Anne Cendre

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