Deux Ulysses
Simultanément, deux films portent des noms qui se ressemblent et n’ont cependant pas le moindre rapport : Ulysse et L’Odyssée. Le premier, réalisé par Laetitia Masson, raconte l’histoire d’un petit garçon handicapé appelé Ulysse. Le second, de Christopher Nolan, s’attaque à l’un des récits mythologiques les plus connus, dont Ulysse est le héros.
L’un dure 1h.37 et l’autre 2h.53, une différence qui pèse déjà dans l’appréciation de ces œuvres si différentes.
D’emblée, je vous avouerai que l’un m’a émue tandis que l’autre m’a agacée. Mes réactions vont évidemment colorer mon esprit critique.
Ulysse
Le rôle principal d’Ulysse, celui de la mère, est remarquablement tenu par Elodie Bouchez. Tout au long, elle va soutenir son fils, l’aidant à s’intégrer dans la vie ordinaire. Il s’agit presque d’un documentaire, puisque l’enfant est incarné par le propre fils de la réalisatrice, Alphonse Roberts, atteint d’un syndrome génétique. Hésitant à montrer la réalité biographique, Laetitia Masson a finalement décidé que le sujet méritait une description cinématographique, qu’elle aborde avec une grande humanité.
La position du père, interprété par Stanislas Merhar, est ambiguë. Pianiste, il estime que son art est mieux reçu aux Etats-Unis ; il abandonne ainsi femme et enfant, les laissant seuls aux prises avec les difficultés d’une enfance anormale. La belle musique interprétée par le père tempère, en quelque sorte, les reproches qu’on pourrait lui adresser.
Le film a été sélectionné dans Un certain regard au Festival de Cannes 2026.
L’Odyssée
Péplum grandiloquent, L’Odyssée de Christopher Nolan n’a évidemment rien de semblable à proposer, même si le personnage principal, joué par Matt Damon, s’appelle Ulysse. Celui-ci a remporté la guerre de Troie. Mais le retour auprès de son épouse Pénélope (l’aimable Anne Hathaway) ne va pas sans mal. Il n’échappe pas – nous non plus – à de nombreuses batailles. Le cinéaste, qui avait été mieux inspiré par Oppenheimer, multiplie les complications, mélangeant les époques et les personnages à force d’effets spéciaux. La moitié des scènes sont à demi-obscures, ou suis-je devenue à demi-aveugle ?
Étrangement, L’Odyssée, production américano-britannique, remporte un succès public phénoménal, accumulant les millions d’entrées et des critiques dithyrambiques aux États-Unis et en Angleterre. La presse française est moins laudatrice. Principalement Le Monde qui se moque de « personnages qui font pâle impression, pour ne pas dire tapisserie ».
Mais les pires remarques se découvrent sous la plume de l'helléniste Emily Wilson, la traductrice du texte d’Homère, sur lequel Nolan s’est appuyé.
«L’adaptation est dépourvue de bons nombres des éléments qui font la grandeur du poème », écrit-elle dans The London Review of Books. « L’œuvre manque de profondeur psychologique, émotionnelle, politique et éthique. Sa structure narrative repose sur des artifices. L’écriture est lamentable. Aucun personnage n’a de motivation crédible pour ses actes et ses paroles », ajoute Emily Wilson, professeure à l’université de Pennsylvanie.
Il ne me reste qu'à souscrire pleinement à ce commentaire qui parle mieux que je ne saurais le faire.
En sortant du cinéma où j’avais passé ces trois heures de l’après-midi à m’ennuyer et m’énerver, entourée d’une petite douzaine de personnes d’âge respectable, je n’ai pu me retenir de demander l’avis de quelques-uns.Alors qu’une dame se déclarait contente, un spectateur m’avoua sa déception. Et nous avons pu exprimer ensemble nos critiques, terminant ainsi la vision du film avec un certain plaisir.