Psychopompe
Chaque fois que je lis un livre d’Amélie Nothomb, des phrases me sautent au visage. J’ai envie de les mémoriser. Comme je les oublie aussitôt, il me faudrait les noter.
C’est ce que je viens de faire avec l’un de ces recueils les plus personnels, Psychopompe, paru en 2023. L’écrivaine belge y révèle notamment qu’à l’âge de douze ans, au Bangladesh où son père était diplomate, elle a été violée.
Depuis 1992, avec Hygiène de l’assassin, Amélie Nothomb, qui vient de fêter ses soixante ans, publie un roman chaque année. Elle en écrit d’autres encore, qu’elle garde volontairement dans des cartons. Ses œuvres abordent les sujets les plus divers, avec une vivacité et une subtilité toujours présentes.
La photo qui illustre la couverture a sûrement reçu son approbation, car, écrit-elle, « Quand je pose pour un photographe, à mon malaise s’ajoute la gratitude : la photo suffira à prouver mon existence, il ne sera pas nécessaire de m’empailler ».
Canicule
C’est lorsque j’ai lu son commentaire sur la canicule que je me suis décidée à ouvrir mon ordinateur. C’est le moment, me suis-je dit, de recueillir quelques-uns de ses aphorismes, puisque nous souffrons de cette pesante canicule depuis trop de temps ; on ne pense plus qu’à ça.
« En canicule, tout sature ; la vitalité aussi. La saturation n’est pas un bon fonctionnement, elle induit un dégoût nauséeux, un à quoi bon, une fatigue physique et mentale de l’ordre de l’affaissement. (…) En cas de canicule, on peut tendre l’oreille : aucun oiseau ne chante. Or crever de chaud produit du stress », conclut-elle. Comme elle a raison.
Écriture
Évidemment, c’est lorsque Amélie Nothomb parle d’écriture qu’on la lit avec le plus d’attention.
« Le privilège absolu, c’est d’écrire. Il n’y a pas de grâce plus élevée », déclare-t-elle. Et elle explique : « Pouvoir différencier le détail qui compte de celui qui leste, le mot puissant du mot encombrant : un art qui prend des années. »
Psychopompe, le titre de cet ouvrage, surprend à première vue. Car je dois avouer que j’ignorais ce mot et m’imaginais qu’il devait s’agir d’un objet bizarre.
La lecture du dictionnaire m’a détrompée. Le Petit Robert explique que cet adjectif, 1842, provient du grec mythologique et signifie : « qui conduit les âmes des morts (épithète appliquée à Apollon, Charon, Hermès, Orphée, etc.) »
J’ai compris alors cette phrase péremptoire, comme Amélie Nothomb sait les formuler : « Entre la mort et la vie, le fossé n’a rien d’infranchissable. »
Le 19 août paraîtra son 34e opus annuel, L’Adolescence du perroquet, publié comme de coutume par Albin Michel. J’en garde la surprise.