Le vitrail à l'Ariana
« Le vitrail représente la lutte des ténèbres et de la lumière, des ténèbres colorées contre la lumière décolorante : le vitrail est un diamant dont il faut multiplier les facettes, ou plutôt une mosaïque de pierres précieuses qu’il faut enchâsser dans le gris et le sombre pour mieux les faire valoir. » Maurice Denis, Courrier de Genève, 1923.
Ce texte met en évidence la couleur du vitrail. C’est bien ce qui frappe le plus lorsqu’on déambule au sous-sol du musée Ariana pour découvrir la magnifique collection présentée dans Post tenebras lux jusqu’au 2 novembre, hâtez-vous.
L’exposition passe du 12e au 21e siècle et a été organisée avec la collaboration du Vitrocentre de Romont et de l’université de Genève. Sa préparation a permis d’entreprendre de nombreuses restaurations et de rendre l’inventaire accessible en ligne.
Œuvres méconnues
Plus de 200 œuvres méconnues sont sorties des réserves municipales genevoises. Jusqu’à maintenant on n’avait guère accès qu’aux dix-huit panneaux qui ornent la coupole du musée dont l’auteur est le verrier bernois Johann Heinrich Müller (1822-1903), l’un des plus prolifiques de la fin du 19e siècle. Il appartient à ce mouvement de renouveau du vitrail, dit « historiciste » qui imite les styles du passé.
Les Armoiries de Bâle de Johann Heinrich Müller (entre 1861 et 1891) furent acquises par le musée en 1891 et sont un bel exemple de son œuvre : Vitrail au plomb, verre incolore et coloré, verre doublé gravé à l’acide, grisaille, jaune d’argent.
Plusieurs périodes
On discerne plusieurs périodes dans l’évolution du vitrail. Le premier essor se situe durant le Moyen Age, du 12e au 15e siècle, s’appuyant principalement sur des motifs bibliques.
A partir du 15e, la présentation des armoiries de communautés ou de familles prend une belle importance. En Suisse, la production en a été très nombreuse.
Dans cet ordre d’idées, je ne résiste pas à citer le vitrail dit de l’Escalade (Genève, 1603-1606), au plomb, verre incolore et coloré, grisaille, jaune d’argent, émail bleu, restauré à diverses reprises dès le 19e siècle.
Du 16e au 18e siècle, les sujets profanes sur de petits formats trouvent place dans des bâtiments civils.
Un exemple étonnant combine héraldique et figure humaine dans une Figure féminine nue avec armoiries (Allemagne, vers 1510), vitrail au plomb, verre incolore, grisaille, jaune d’argent, restauré par l’atelier Wasem de Genève en 1923, puis par Françoise Hug, Genève en 1978.
Renouveau
On note un renouveau important au 19e siècle. Müller, cité plus haut, en a été l’un des piliers, ainsi que la famille Champigneulle, originaire de Metz, active à Bar-le-Duc et à Paris.
Témoin le superbe Jardin japonais (1881-1887) de Charles II Champigneulle (1853-1905), haut de 2,24m., vitrail au verre incolore, grisaille sur fond bleu, émaux polychromes.
Pour terminer, voici une image mystérieuse du grand verrier bernois Martin Halter (né en 1947) : Katze auf dem Radar (2003), vitrail au plomb, verre gravé à l’acide, grisaille, jaune d’argent, que l’artiste a offerte au Musée Ariana en 2020.
Post Tenebras Lux, les vitraux du Musée Ariana, jusqu’au 2 novembre 2025, au Musée Ariana, avenue de la Paix 10, 1202 Genève.
Autres expositions
Dans la salle de création contemporaine, l’Ariana accueille Extra Nature, des œuvres du céramiste Antonio Vasconcelos Lapa (né à Lisbonne en 1945), jusqu’au 4 janvier 2026.
Le musée propose aussi Tender Buttons, une collection de boutons, à la galerie du premier étage. Le titre rappelle un livre de Gertrude Stein qui porte ce titre.