Turner en Suisse
La Fondation Pierre Gianadda à Martigny expose Turner pour la deuxième fois en 24 ans. On ne peut que s’en réjouir. Joseph Mallord William Turner (1775-1851) n’est-il pas l’un des plus grands peintres du début du 19e siècle ?
Et c’est toujours un plaisir d’aller contempler les sommets neigeux au début du printemps.
Précurseur des impressionnistes, voire de l’abstraction, Turner a connu des années d’obscurité après des débuts éclatants. Son legs à la nation avait tellement embarrassé qu’il ne fut accepté qu’après bien des hésitations. Grâce à cette immense collection, la Tate Gallery de Londres, puisant dans ses réserves et sans vider ses cimaises, peut prêter ses œuvres pour de nombreuses expositions internationales.
Le choix d’une centaine de toiles, aquarelles, dessins, et gravures, sous le titre The Sun is God, met en évidence sa vision percutante de la lumière. N’était-il pas surnommé le peintre de la lumière ? « Le soleil est dieu » auraient été ses dernières paroles, selon le témoignage de son médecin.
La présentation dans les espaces du musée est exemplaire. Lorsqu’on arrive dans la galerie supérieure, le regard plonge sur les tableaux les plus spectaculaires. On s’aperçoit à quel point ils gagnent à être vus de loin.
Turner traite la couleur avec de si subtiles nuances qu’elles finissent par se fondre imperceptiblement. Vers la fin de sa vie, ses recherches de l’effet deviennent si excessives qu’on ne le comprenait plus. Il était en avance sur son temps. D’où les tergiversations à propos de son héritage.
Pour son étude des paysages, Turner a beaucoup voyagé. D’abord en Angleterre et en Ecosse, puis en 1802, lorsque la situation politique en Europe l’a permis, en France et en Suisse, notamment dans les montagnes, dont Martigny. Le Gothard et le Mont-Blanc l’impressionnent particulièrement. Il en résulte une aquarelle, Le Pont du Diable et les gorges de Schöllenen, ainsi qu’une autre aquarelle plus tardive, un peu inventée, Le Saint Gothard, datée de 1806-7, toutes deux présentées à Martigny.
Le Pont du Diable et les gorges de Schölllenen (Photo Tate) Legs Turner, Tate Gallery
Le Mont Saint-Gothard (Photo Tate) Legs Turner, Tate Gallery
Les guerres napoléoniennes terminées, le peintre reprend ses nombreux voyages, Allemagne, France Belgique, Pays-Bas, et surtout Italie.
Venise l’a spécialement inspiré. Il fait courir son imagination sur les lagunes. Le Départ pour le bal, San Martino est peint en 1846, l’année après son dernier séjour à l’étranger.
Départ pour le bal, San Martino, 1846, huile sur toile (Photo Tate) Legs Turner, Tate Gallery
Il viendra aussi cinq fois en Suisse, dont Lucerne qu’il aimait particulièrement, et probablement trois fois à Genève. Des croquis et des tableaux en témoignent. Ils ne figurent pas dans cette exposition. Je me permets de rappeler deux aquarelles, Coucher de soleil sur le Jura et Vue générale de Genève datant de 1841 qui sont illustrées dans mon livre consacré aux Peintures de Genève (Slatkine 1998).
Coucher de soleil sur le Jura, 1841 (Photo Tate) Legs Turner, Tate Gallery
Genève, ville d’Adam Toepffer (1766-1847) dont les paysages, avec ses petits personnages à peine esquissés, montrent une certaine similitude avec ceux de Turner. Les deux artistes ne semblent pas s’être rencontrés.
Mais Turner a abordé un immense éventail de sujets, de la mer à la montagne, des tempêtes aux ciels bleus, des récits mythologiques aux avancées industrielles, tel le chemin de fer. L’exposition de Martigny en offre un magnifique panorama.
Scène mythologique : Bacchus et Ariane, 1840 (Photo Tate) Legs Turner, Tate Gallery
Turner, the Sun is God, en collaboration avec la Tate Gallery à la Fondation Pierre Gianadda, jusqu’au 25 juin, tous les jours de 10 h. à 18 h. Depuis la gare, le bus 201 vous conduit à proximité du musée.
La prochaine exposition, Les Années fauves, en collaboration avec le Musée d’art moderne de Paris, aura lieu du 7 juillet 2023 au 21 janvier 2024