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Rues de femmes

Une liste de quinze rues ou emplacements dédiés à des personnalités féminines a été proposée à la Commission cantonale de nomenclature ce printemps.

Où en est-on ? Le dossier est en cours de traitement, il sera transmis début octobre au Conseil d’Etat qui prendra la décision finale.

Deux listes ont déjà subi ce traitement. Chaque fois que la question se pose, elle déclenche des cris d’orfraie parmi les résidents des rues que l’on voudrait débaptiser. Comment s’en étonner ? Les changements d’adresse entraînent inévitablement des complications en tous sens.

Trouver des lieux où n’habiterait personne, c’est une gageure et un manque de respect aux femmes nommées. Seule solution : choisir des voies nouvelles. Il n’en manque pas, à voir les nombreuses constructions ici et là dans l’agglomération genevoise. Mais ce n'est apparemment pas la décision prise généralement.

Troisième liste

Cela dit, voici un coup d’œil sur la nouvelle liste, la troisième, en discussion actuellement.

La personnalité la plus ancienne date du 15e siècle : Anne de Lusignan (1418-1462) était duchesse de Savoie, et fondatrice d’une chapelle au couvent de Rive.

A l’autre bout de l’histoire, une sportive genevoise, Renée Colliard-Féraud (1933-2022), est la première championne olympique genevoise, en remportant le titre du slalom en 1956 à Cortina d’Ampezzo, tout en suivant des études universitaires. Avec son mari pharmacien, elle ouvrit des pharmacies à Crans et Montana.

Autre Genevoise de notre époque : Yvette Z’Graggen (1920-2012) s’est fait connaître par ses émissions littéraires à la radio dès 1952 et par ses nombreux romans et traductions.

Genevoise aussi, la peintre et écrivaine Élisabeth de Stoutz (1854-1917) qui exposa à Paris, dont on salua l’œuvre assez diverse, scènes d’enfants, paysages, portraits. Le Musée d’art et d’histoire de Genève possède quelques tableaux. Elle publia une autobiographie, Mon bonheur en ce monde.

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La petite tricoteuse, Elisabeth de Stoutz, 1889 (Musée d'art et d'histoire de Genève)

Genevoise encore, mais d’origine néerlandaise, la comédienne Nora Sylvère (1892-1955) a fait la plus grande partie de sa carrière avec la compagnie Pitoëff à Paris de 1922 à 1939, puis à Genève. Elle enseigna au Conservatoire.

D’une famille patricienne genevoise, Hélène de Mandrot, née Revilliod (1867-1948), a encouragé l’art contemporain en accueillant des artistes au château de La Sarraz dont elle avait hérité à la mort de son mari en 1920.

C’est grâce à Genève que la danseuse brésilienne Beatriz Consuelo (1932-2013) s’est fait connaître. Elle a brillé au Grand Théâtre et a été pendant de nombreuses années la directrice de l’École de danse de Genève.

Grisélidis Réal (1929-2005) a tellement fait parler d’elle à Genève qu’on la croit Genevoise, mais elle est née à Lausanne. Elle a vécu dans de nombreux lieux : enfance en Egypte, à Zurich étudiante aux arts décoratifs, à Genève où elle donne naissance à quatre enfants, en Allemagne, où elle connaît la prison, à Paris meneuse de la Révolution des prostituées qu’elle importe à Genève en 1977. Elle a aussi peint et écrit. Deux fois déjà, la proposition de lui attribuer une rue a échoué. En revanche, sa tombe est recueillie au Cimetière des Rois.

Pearl Grobet-Secrétan (1904-1988) était aussi une battante, mais pour le suffrage féminin. Née à Londres, où elle étudie les lettres, elle passe la guerre à New York, comme enseignante, et arrive à Genève en 1947. Elle se lance dans la bataille pour le droit des femmes et pourra se réjouir du droit de vote enfin obtenu.

Pédagogue, Marie-Thérèse Maurette (1890-1989) arrive de Paris en 1924 avec son mari qui rejoint le Bureau international du travail. Elle intègre l’École internationale récemment créée pour éduquer les enfants des fonctionnaires internationaux et en devient directrice de 1929 à 1949, prônant une éducation pour la paix.  Elle retournera en 1950 à Paris.  

Henriette Saloz-Joudra (1855-1928) quitta sa Russie natale pour faire des études de médecine à Genève. Elle s’y maria et devint la première femme à ouvrir un cabinet médical. Le projet de donner son nom à la rue Sauter vient déjà de susciter de gros remous.

Lina Stern (1878-1968), elle, vint de Lettonie pour étudier la médecine à Genève. Elle se spécialisa en biochimie et fut la première professeure à Genève. En 1926, elle partit pour faire carrière en Russie. Or elle était juive, ce qui lui valut plusieurs années de prison. Elle est relâchée après la mort de Staline et rétablie dans ses droits.

Juive polonaise née à Paris, Rosette Wolczak (1928-1943) ne passa hélas que quelques jours à Genève en 1943. Fuyant l’occupation, elle vient se réfugier à Genève où elle est refoulée. Arrêtée par les Allemands, elle achèvera sa courte vie à Auschwitz. Cette histoire tragique a suscité de la honte chez certains Genevois, exprimée par Claude Torracinta dans Rosette pour l’exemple (Slatkine, 2016).

En revanche, deux survivantes des camps de concentration figurent sur la liste des nouvelles dénominations.

L’une, Ruth Fayon (1928-2010), est née Pinczowsky en Tchécoslovaquie. Elle subira la terreur dans plusieurs camps, mais échappera à la mort. Elle s’installera en Israël où elle rencontre son mari, puis à Genève où elle deviendra un témoin actif du souvenir de la Shoah.

De même, la Française Noëlla Rouget (1919-2020), résistante née à Angers, arrêtée et incarcérée à Ravensbrück, en réchappera. Soignée à Château d’Oex, elle se marie et le couple vient résider à Genève. Elle se rendra régulièrement dans des écoles de Genève et des environs pour ouvrir les yeux des jeunes sur les atrocités des camps et de la guerre. Ayant eu connaissance de l’homme qui l’avait dénoncée à la Gestapo, elle intervint à son procès pour le faire gracier. Par ce geste magnanime, ne mérite-t-elle pas une plaque bleue ?

 

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