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Du neuf à l'Académie française

Il est de coutume de se moquer de l’Académie française, cette « vieille dame », personnifiée pendant vingt-quatre ans par une femme, Hélène Carrère d’Encausse, qui refusait de féminiser son titre de secrétaire perpétuel.

Il ne reste plus désormais que six femmes sur les trente-cinq membres actuels. La Dame est morte cet été, je ne dirais pas prématurément – elle avait 94 ans – , mais sans prévenir, ni suggérer quiconque pour lui succéder.

L’élection de son remplaçant a eu lieu jeudi 28 septembre : Amin Maalouf, Franco-Libanais, journaliste et romancier, a passé devant Jean-Christophe Rufin, écrivain, médecin, diplomate, l’ami qui l’avait reçu au fauteuil de Claude Lévi-Strauss en 2012.

L’élu aura au moins un avantage dans un avenir plus ou moins proche : la préparation du neuvième dictionnaire, en discussion depuis 1986, arrive à bout touchant puisque le dernier mot étudié était « zoo ». Si la première édition date de 1694, alors que l’Académie avait été créée sous l’égide de Richelieu en 1635, la plus récente a été publiée en 1935.

Depuis lors, la composition de l’institution a beaucoup changé. On y compte désormais des étrangers, parfois à moitié français, mais aussi sans nationalité française : un Québécois, Haïtien d’origine, Dany Laferrière , élu en 2013, en est un brillant exemple.

La lenteur que l’Académie manifeste pour la nouvelle édition de son fameux Dictionnaire fait rigoler les scribouilleurs à la petite semaine. Lorsque nous discutons, dans notre groupe de Défense du français, sur la traduction souhaitable des anglicismes envahissants, nous admirons au contraire le travail des Académiciens.

Chercher le chat

Ces Immortels savent se moderniser. Leur site internet est d’un usage étonnamment pratique. Rien de plus facile que de chercher une définition. Il suffit de taper le mot et une série de propositions surgit.

J’ai essayé de lancer un chat. J’ai découvert, à ma grande joie, une expression romande que les Français méconnaissent à leur péril : « coûter le lard du chat », horriblement cher.

Évidemment, le « chat » de ChatGPT n’y figure pas, heureusement. Combien de fois ne me suis-je pas énervée en lisant cette utilisation d’un mot anglais sans italique ni guillemets. Je cherchais en vain où miaulait ce chat. Il s’agissait donc d’une tchatche sur internet, un bavardage, que les Québécois, si inventifs, ont traduit par clavardage.

Mais il y a tant d’expressions pour cet animal si câlin, si malin. Il peut être maigre, il vous gratte la gorge, on peut lui donner sa part, il écrit mal, il n’y a pas de quoi le fouetter, on n’en trouve pas dans une salle vide, on peut retomber sur ses pattes comme lui, il passe sur braise et quand il est échaudé, il craint l’eau froide.

Pourquoi ai-je tiré sur la queue du chat ? J’aurais pu choisir n’importe quel vocable et je me serais réjouie à la lecture de ce Dictionnaire. Il n’apparaît encore que sur mon écran d’ordinateur, mais n’est-il pas plus facile à manier qu’un gros volume pesant ?

En revanche je n’ai pas trouvé d’explication pour une expression qui se rapporte au chien : « faire quelque chose à saut de chien ». C’est-à-dire très rapidement, sans préparation. En posant la question autour de moi, je me suis rendu compte que personne ne connaît ce chien-là. Sans doute s’agit-il d’une habitude familiale ! D’ailleurs on ne s’entend pas entre chien et chat.

Décantage

Certains termes, politiquement corrects, très utilisés aujourd’hui, n’ont pas été entérinés par l’Académie. Racisé est l’un d’eux : une personne à qui l’on attribue une notion de race. On n’y trouve pas non plus l’intersectionnalité, très à la mode, pour désigner différentes formes d’oppression qui se conjuguent et aggravent la situation, ou la « péjorent », selon un autre de ces mots en vogue actuellement.

On accusera les académiciens de ne pas suivre l’actualité. J’aurais tendance à leur donner raison. Laissons la langue se décanter, comme un bon vin.

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