G.H.W. Bush centenaire
Il y a un siècle, le 12 juin 1924, naissait George Herbert Walker Bush dans le Massachusetts, surnommé Bush senior, Bush père ou Bush 41, puisqu’il sera le 41e président des Etats-Unis, de 1989 à 1993.
A ne pas confondre avec son fils George Walker Bush, qui devint le 43e président des Etats-Unis, tous deux élus républicains. Entre eux s’était faufilé le démocrate Bill Clinton.
George Herbert Walker Bush, que l’on appelle volontiers George H.W. Bush, portait les noms de son grand-père maternel, ce qui ne facilite pas la nomenclature.
Quoiqu’il ait été un bourreau de travail, un gentleman affable, sportif, très préparé à la tâche, il ne servira qu’un seul mandat. Trop préoccupé par la politique étrangère, il n’avait pas réussi à s’attacher les électeurs américains. Il décédera en 2018, âgé de 94 ans.
Débuts politiques
Sa carrière politique a débuté à la Chambre des représentants du Texas en 1966. En 1967, il siège à la commission des finances.
Déjà attiré par la politique étrangère, il se rend au Vietnam en 1968, pour se rendre personnellement compte des conditions de la guerre. En 1970, le président Nixon le nomme ambassadeur à l’Organisation des Nations Unies à New York, ce qui le fait voyager dans le monde entier, avant de représenter les Etats-Unis en Chine. En 1976, il est nommé directeur du Renseignement général, donc à la CIA.
Malgré cette excellente préparation, il échoue à la présidence en 1981, mais il est choisi pour la vice-présidence par Ronald Reagan, durant ses deux mandats.
Lorsqu’il arrive enfin au sommet, en janvier 1989, il va préparer la fin de la guerre froide à laquelle il avait été confronté dans sa jeunesse.
Éducation
Parlons donc de son éducation, de sa jeunesse. Il a été élevé dans une famille protestante, « de façon très stricte, pour ne pas dire puritaine », comme il l’écrit dans son Journal d’un président 1942-2005 (Odile Jacob, 2005). S’il décide de s’engager dans la Marine en 1942, à dix-huit ans, avant d’entamer des études universitaires, c’est que « mon horizon avait besoin de s’élargir », explique-t-il. « Même si je sais que je ne serai jamais un tueur, je ne me sentirai bien qu’après avoir réellement combattu ».
Il deviendra le plus jeune officier pilote de la Marine. A partir d’un porte-avion, il fera 58 missions aériennes dans le Pacifique, non sans avoir été abattu par la défense anti-aérienne japonaise et secouru miraculeusement par un sous-marin américain.
« L’intensité du feu au-dessus de nos têtes ne cessera jamais de m‘effrayer – j’en suis sûr. Cela me permet de rester bon chrétien ».
« J’espère que mes enfants n’auront pas à faire la guerre, écrira-t-il en 1944. Tous ces amis qui disparaissent, toutes ces vies brisées, ce n’est pas juste. »
Mariage
Avant même d’être démilitarisé, il se fiance avec Barbara Pierce, qu’il épouse en janvier 1945, pendant un congé : « J’ai touché le jackpot », clame-t-il. Ils resteront un couple uni jusqu’à la fin. La bonhomie de Barbara, son humour et ses activités humanitaires la rendront très populaire. Elle eut une influence positive sur son mari. Ils auront six enfants, dont deux fils feront des carrières politiques. Elle décédera sept mois avant lui, en 2018.
A la fin de la guerre, il peut entamer des études qui, grâce à son expérience de GI et ses résultats sportifs en baseball, sont accélérées. En 1948, il sort de l’université de Yale avec un BA en économie et un bon réseau d’amis en politique.
Malgré le milieu fortuné dont il est issu, il prévient : « Je ne suis pas sûr de vouloir capitaliser sur les bénéfices que j’ai reçus à ma naissance ». C’est ainsi qu’il réagit à une rumeur selon laquelle il aurait eu l’intention de répondre à une vocation théologique.
Il s’installe au Texas, se lance dans la finance puis dans l’industrie pétrolière et réussit assez bien. En 1963, il avoue que le démon de la politique commence à le démanger, il veut faire une place à tous les citoyens américains (donc les Noirs). Sa position en faveur des droits civiques soulève des réactions de haine. Sa première tentative politique ne rencontre pas l’adhésion.
Après cet échec, il réagit avec humour, « J’ai séché mes larmes, les chiens n’aboient plus à mon passage » et il retourne aux affaires.
Présidence
Lorsqu’il arrivera à la présidence, en janvier 1989, c’est la fin de la guerre froide. La situation internationale en Europe est en plein marasme. Plusieurs États se séparent de l’URSS et déclarent leur indépendance. Bush soutient le président soviétique Gorbatchev. Les relations cordiales entre les deux hommes sont encouragées par la bonne entente entre leurs épouses.
Le premier conflit que Bush aura à affronter sera cependant sur son continent, l’affaire de Panama. Le canal de Panama est sous protectorat américain depuis des décennies. L’homme fort du Panama, le général Noriega qui, à ses débuts avait été soutenu par les États-Unis, devient l’homme à abattre car son pays est devenu une plaque tournante du trafic de la drogue. A la suite de l’assassinat de quelques soldats américains par la junte panaméenne, Bush saisit ce prétexte et décide d’envahir le Panama. L’opération titrée « Juste cause » est un succès. Mais Noriega parvient à s’échapper et se réfugie à la nonciature qui refuse de le livrer. Après un harcèlement musical continu et incongru autour de l’ambassade du Vatican, Noriega se rend ; il sera jugé et condamné aux États-Unis à 40 ans de réclusion.
Réussite dans la lutte contre la corruption et le trafic de drogue, mais sur le plan international, les États-Unis seront accusés de violation du droit international, du fait de leur invasion d’un pays étranger.
Entente avec Gorbatchev
En Europe, au même moment, le mur de Berlin s’effondre. Bush rencontre aussitôt Gorbatchev à Malte. Il s’agit de dénoncer les accords de Yalta concernant l’Allemagne et de permettre sa réunification officielle qui sera établie en 1990.
Il ira aussi à Kiev pour maintenir l’Ukraine dans une Union soviétique réformée et décentralisée. (Ce qui n’est pas sans surprendre aujourd’hui.)
L’un des points importants de la situation internationale est le problème nucléaire. Gorbatchev et Bush signent les accords START I et II pour la réduction des armes stratégiques nucléaires en 1991 et 1993.
S’il a mis fin à la guerre froide pacifiquement, il n’en tirera aucune gloriole. Ce n’était pas son genre.
Guerre du Golfe
Un autre point chaud s’annonce au Moyen Orient. L’Irak, à la recherche de ressources pétrolières, après sa défaite contre l’Iran, envahit le Koweït. Aussitôt Bush et Gorbatchev réagissent. A la suite d’une résolution des Nations Unies, une intervention militaire internationale peut être envisagée au Koweït contre les forces de Saddam Hussein.
Une coalition de 29 pays, baptisée « Tempête du désert », s’engage sous la direction des États-Unis qui fournissent la moitié des troupes ; elle stoppe en six semaines l’aventure koweïtienne de Saddam Hussein. C’est une victoire pour la politique américaine qui prend la tête d’un « nouvel ordre mondial », ainsi que Bush l’annonce.
Mais Hussein n’est pas abattu. Il continuera ses activités déplorables, utilisant notamment des armes chimiques contre les minorités Kurdes et chiites. Ce sera en fin de compte George W. Bush, moins prudent que son père, qui mettra Hussein hors d’état de nuire.
Aux États-Unis
George H.W. Bush, toujours enclin à réunir plutôt qu’à diviser, s’est rapproché de ses voisins américains pour négocier un accord avec le Canada et le Mexique, l’Accord de libre échange nord-américain, l’ALENA, signé à la fin de 1992.
Sur le plan intérieur, auquel on lui reprochera de n’avoir pas assez porté attention, il introduira cependant des réformes utiles. Parmi elles, un plan d’aide aux handicapés, un fonds destiné à l’éducation, et la loi contre la pollution, le Clean Air Act. En revanche, il s’opposera à la lutte contre le réchauffement climatique, se fondant sur des motifs économiques.
On notera une augmentation de la criminalité durant son mandat et il sera confronté aux émeutes de Los Angeles en 1992.
Bush sera d’ailleurs considéré comme un canard boiteux pendant sa présidence républicaine : parce que le parti démocrate a constamment occupé la majorité au Congrès.
Par son attitude encourageante à l’égard de la minorité noire, notamment, Bush sera assez impopulaire auprès des républicains conservateurs. Ce qui explique sans doute qu’il n’ait pas été vraiment soutenu par son parti lors de sa campagne de réélection.
Retraite
Quittant Washington et la Maison Blanche qu’il avait fréquentés pendant 26 ans, il retourne au Texas. Il s’active dans l’industrie de la défense, en devenant conseiller du groupe Carlyle, fournisseur du Pentagone.
En 2004, il prononce un discours remarqué aux funérailles de Ronald Reagan.
Malgré leurs divergences politiques, Bush entretient des liens d’amitié avec Bill Clinton dont il soutiendra l’épouse contre Donald Trump.
Après le déclenchement de l’affaire Weinstein en 2017 et les harcèlements reprochés à ce producteur de cinéma, Bush n’échappe pas à la vague #MeToo. Huit femmes l’accusent d’attouchements sexuels ; il présente ses excuses.
Victime de la maladie de Parkinson, il meurt le 30 novembre 2018. Des funérailles nationales sont organisées à Washington puis à Houston, où il est inhumé au George Bush Presidential Library and Museum.
Selon une loi de 2020, des pièces de un dollar ont été gravées à l’effigie de George et Barbara Bush, pour honorer un couple présidentiel resté uni dans la vie et dans la mort.
Quelle est aujourd’hui l’opinion d’une jeune Américaine sur ce président du siècle dernier ? Pour elle, il lui semble OK, certainement parmi les présidents « plutôt bien, que mauvais ». « C’était un homme intègre, dit-elle, qui cherchait sérieusement à rendre service à son pays et à tous ses citoyens. »
Les présidents à partir de G.H.W. Bush: Obama, Bush fils, Clinton et Carter en 2009